Dans une interview Paul Anka parle de Jon
Paul Anka, à sa façon
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Après 50 ans d’une carrière bien remplie, Paul Anka n’a surtout pas dit son dernier mot. |
La Presse
Il a propulsé Diana dans le cosmos des hit parade. Composé pour le cinéma (The Longest Day) et la télé (The Midnight Special). Offert sa traduction de My Way à Frank Sinatra. Chanté avec Bobby Darin à Las Vegas. Écrit des tubes pour Tom Jones (She’s a Lady). Fréquenté Elvis, James Brown et Claude François. Chanté Nirvana à la sauce crooner. Etc.
Après 50 ans d’une carrière bien remplie, Paul Anka n’a surtout pas dit son dernier mot. Entre deux apparitions à l’émission Canadian Idol,
l’auteur-compositeur-interprète de 66 ans continue de surfer sur les modes avec son éternel sourire de vieux beau sympathique. Sur son plus récent disque (My Way/Classic
Songs) il se fend même d’un duo avec… Jon Bon Jovi.
Vous avez dit «plus rien à prouver»? Discussion autour du métier, de la durée et de la chanson My Way…
Q Vous êtes un des rares artistes pop à avoir traversé un demi-siècle. Comment avez-vous survécu?
R D’abord, j’ai été plus qu’un interprète. J’ai écrit des chansons, pour moi et pour les autres. Ensuite j’ai toujours respecté mon public. Sans lui, je n’aurais pas eu de carrière.
Enfin, j’ai appris des erreurs de mes collègues. J’ai regardé autour de moi et vu ce qu’il ne fallait pas faire. Disons que je me suis imposé une certaine discipline de vie.
Q Justement. Vous donnez l’impression d’être parfait. Contrairement à plusieurs de vos contemporains, vous n’êtes jamais plongé dans l’alcool, la dope ou
les pilules. Avez-vous des défauts?
R Comme tout le monde! Sauf que les miens ne sont pas destructeurs. Si vous voulez savoir: oui, j’ai tout essayé. Et oui, j’aurais facilement pu perdre la tête. J’étais millionnaire à 17
ans! Mais j’ai assez rapidement choisi de ne pas mettre mon intégrité en jeu. La vie est comme une ligne droite. Reste à savoir à quel point on veut s’en écarter.
Q Et votre carrière, vous la comparez aussi à une ligne droite? Avez-vous connu de moins bons moments?
R Shit happens vous savez. Et à n’importe qui! Dans mon cas, les années 60 n’ont pas été très faciles. Ma carrière avait commencé sur les chapeaux de roues. Mais quand les
Beatles sont arrivés, on m’a littéralement varlopé des ondes radio. Heureusement, j’avais déjà un répertoire solide et un public fidèle. J’avais aussi eu l’intelligence de racheter mes droits
d’édition. Ça m’a permis de survivre. Mes affaires ont vraiment redécollé quand j’ai traduit My Way pour Frank Sinatra. Après, ma carrière n’a plus jamais été en danger.
Q Parlez-nous de cette chanson.
R My Way? Il y a une histoire autour de ça. Je suis en France, la version originale de Claude François (Comme d’habitude) joue à la radio. Je trouve que la chanson est
bonne, mais il manque quelque chose. J’appelle Gilbert Maroni pour me procurer les droits. Contrat de deux pages, en quelques minutes, l’affaire est réglée. Je reviens à New York et je mets la
partition dans un tiroir. Quelques mois plus tard, je rencontre Sinatra. Il me dit qu’il en a marre, qu’il veut prendre sa retraite. En rentrant chez moi, je me mets au piano et je joue la
chanson en repensant à cette conversation. Les paroles sont venues toutes seules: «And now the time has come, to close the final curtain…». Cinq heures plus tard, la chanson était
faite.
Q Que pensez-vous de la version d’Elvis Presley?
R J’avais déjà fréquenté Elvis, quelques années plus tôt. Nous étions tous deux sous contrat avec RCA. Mais quand je l’ai revu à Vegas, dans les années 70, je ne le reconnaissais plus.
Il arrivait à peine à s’asseoir dans une chaise. Complètement paf, la bouche pâteuse, il me dit qu’il adore cette chanson et qu’il aimerait la faire. J’essaie de l’en dissuader, parce qu’en
principe, ce n’est pas trop son style. Mais je pense qu’elle signifiait beaucoup pour lui. J’ai trouvé son interprétation émouvante, surtout quand on sait à quel point il était torturé à cette
époque.
Q Et voilà que sur votre nouveau disque, vous refaites cette chanson avec Jon Bon Jovi. Excusez, mais n’est-ce pas un drôle de
casting?
R Ce n’est pas plus drôle que Bono chantant Got You Under My Skin avec Sinatra. Et puis bon, Jon n’est pas si loin de tout ça. Il a une voix. N’a jamais caché son affection pour
Sinatra (It’s my Life), il a la fibre italienne, pourquoi pas? Je l’ai appelé, il a dit oui. Je lui ai dit: tu sais, c’est une bonne chanson. Si tu n’aimes pas ta performance, personne
ne le saura! Finalement, il est allé refaire le mix en Angleterre. Il avait carte blanche. Je voulais qu’il se sente à l’aise avec la version.
Q
Dernière question M. Anka. Vous êtes d’origine libanaise. Qu’avez-vous gardé de vos racines moyen-orientales?
R Elles sont dans mon sang, dans ma façon d’écrire. Cela s’entend dans des chansons comme You Are My Destiny. Mais ça ne veut pas dire que je mange du taboulé tous les jours!
Vous savez, j’ai été élevé à Ottawa. Et j’ai quitté la maison assez tôt. J’ai vécu en France, aux États-Unis, en Italie. Je me considère avant tout comme un citoyen du monde…
Paul Anka, My Way/Classic Songs, Decca/Universal
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